Claude Lorius
France
Prix Balzan 2001 pour la climatologie
Pour ses remarquables travaux dans le domaine de la paléoclimatologie polaire et les résultats novateurs qui en ont découlé.

Claude Lorius est né à Besançon en 1932. Chercheur au CNRS de Grenoble, dont il est devenu directeur, et membre de l'Académie des Sciences, Lorius a participé à des dizaines de campagnes polaires, pour la plupart en Antarctique. Il doit l'essentiel de sa renommée dans le domaine de la climatologie à ses recherches sur les glaciers. C'est lui qui a eu l'intuition que les bulles d'air emprisonnées dans la glace depuis des millénaires peuvent révéler la composition de l'atmosphère des époques passées. C'est aussi lui qui a découvert que la composition isotopique de la glace peut indiquer la température au moment de la précipitation. Ou encore qu'il est possible, à travers des méthodes d'analyse particulières, de déterminer la pression atmosphérique au moment de la formation de la glace. Ces informations ont été fondamentales pour reconstruire l'évolution du climat dans les millénaires précédents, et pour comprendre combien la relation qui existe entre climat et concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère est étroite et combien elle dépend des activités humaines. Lorius a été l'un des premiers chercheurs à dénoncer ce danger et à tirer la sonnette d'alarme sur les risques que fait courir le réchauffement actuel de notre planète.


Laudatio

Claude Lorius est un pionnier du développement et de la mise en œuvre de méthodes nouvelles pour déterminer à partir de carottes glaciaires les climats du passé. L'analyse isotopique de l'oxygène-18 et du deutérium dans la glace polaire lui a permis d'estimer les températures atmosphériques passées. Les bulles d'air enfermées dans la glace ont fourni des informations sur le contenu des "gaz à effet de serre" tels que le dioxyde de carbone et le méthane ou des aérosols.

Les recherches menées sur les carottes glaciaires de l'Antarctique et du Groënland ont montré avec précision que non seulement la composition de l'atmosphère terrestre a subi des oscillations considérables, mais aussi que ces oscillations étaient étroitement liées à des changements radicaux du climat entre périodes chaudes et périodes glaciaires.

Lorius a été l'initiateur des recherches sur les carottes glaciaires de l'Antarctique, dans le cadre d'une collaboration franco-russe. En 1982, environ 2100 m de glace de la station de Vostok ont été forés, représentant une période qui couvre environ 140.000 ans. En 1999, 3623 m de carottes ont fourni des archives portant sur 420.000 ans: on y repère quatre transitions entre périodes chaudes et périodes glaciaires remontant à environ 18.000, 135.000, 245.000 et 335.000 ans. Cela vient renforcer l'idée que les changements des paramètres de l'orbite terrestre provoquent des variations dans l'intensité de la radiation solaire, variations qui entraînent à leur tour des changements climatiques naturels.

Parmi les résultats les plus importants des travaux de Lorius, rappelons les conclusions suivantes: l'actuelle période chaude, interglaciaire, est caractérisée par une durée et une stabilité extrêmement longues par rapport aux périodes qui l'ont précédée. Dans le passé il y a eu de nombreux changements de température, brusques et radicaux, qui se sont produits sur une dizaine d'années. Enfin, la concentration actuelle de gaz à effet de serre est beaucoup plus élevée que pendant les 400.000 dernières années. Cette dernière constatation est difficile à expliquer si l'on ne prend pas en compte les activités humaines des deux cents dernières années.

Lorius a joué et continue de jouer un rôle de premier plan dans toutes ces activités de recherche d'importance mondiale; il a participé à 22 expéditions polaires et s'est révélé un excellent organisateur tant du travail d'équipes pluridisciplinaires que de la collaboration scientifique internationale, devenant ainsi le père d'une nouvelle génération de chercheurs dans ce domaine.
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