Ian Hacking
Canada
Prix Balzan 2014 pour l'épistémologie et théorie de la connaissance
Pour ses contributions fondamentales à la philosophie et à l’histoire des sciences naturelles et sociales, pour l’ampleur thématique de ses recherches, pour une perspective épistémologique originale, centrée sur une version du réalisme scientifique et contrastant avec le paradigme dominant dans la philosophie des sciences du siècle dernier.

Professeur émérite de l’Université de Toronto et professeur honoraire du Collège de France, Ian Hacking est l’un des plus importants philosophes contemporains des sciences naturelles et sociales, dont les travaux portent sur une reconstruction et une interprétation généalogique de théories et de concepts scientifiques majeurs.
Le fil conducteur des recherches de Hacking est de mettre en évidence les circonstances culturelles, sociales, institutionnelles, cognitives et pratiques, dans lesquelles nous pouvons repérer l’apparition ou l’émergence historique de manières de voir les choses, de styles de raisonnement et de théories sur nous et sur le monde qui modèlent les orientations contemporaines dans le cadre de la connaissance scientifique. Deux domaines au moins de la recherche généalogique de Hacking fournissent des exemples à ce propos : le domaine de la théorie de la probabilité et celui des sciences de la mémoire. Dans le premier domaine, les deux contributions fondamentales sont proposées dans les ouvrages désormais classiques que sont The Emergence of Probability (1975 ; L’émergence de la probabilité, 2002) et The Taming of Chance (1990). Ils mettent en évidence la genèse de l’idée de probabilité dans son double aspect objectif et subjectif au dix-septième siècle, ainsi que ses développements au dix-neuvième siècle dans le contexte social et institutionnel des pratiques de contrôle et de gouvernement des populations.
Dans le domaine des sciences de la mémoire, le livre fondamental de Hacking est Rewriting the Soul. Multiple Personality and the Sciences of Memory (1995 ; L’?me réécrite. Étude sur la personnalité multiple et les sciences de la mémoire, 1998). Le cas de la personnalité multiple est proposé comme un exemple pour analyser des contextes historiques où le rôle des sciences de la mémoire assume une importance capitale pour la science du soi et pour la classification de genres de personnes. Dans Representing and Intervening (1983 ; Concevoir et expérimenter, 1989) Hacking dessine avec rigueur, clarté et en s’appuyant sur une impressionnante connaissance de théories et de pratiques scientifiques, sa perspective de « réalisme scientifique » en épistémologie.
La grande philosophie des sciences du siècle passé a poursuivi le rêve de la méthode, tant dans la vision inductiviste et vérificationniste de Carnap que dans la vision déductiviste et falsificationniste de Popper. Hacking montre que l’image prédominante de la science est fausse et que l’analyse philosophique des théories scientifiques doit être mise à l’épreuve des pratiques scientifiques. Cela exige qu’on prenne au sérieux à la fois les représentations du monde et nos façons d’intervenir dans le monde à travers nos expériences. La perspective de Hacking sur nos façons de construire, de représenter, de classifier et d’interpréter nous-mêmes et le monde est lumineuse et accompagnera longtemps les recherches philosophiques sur l’histoire et les changements de la connaissance scientifique.
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